JUIN/JUILLET 2016 : LES OBTURATIONS DENTAIRES

Tout au long du XX ème siècle, les chirurgiens-Dentistes, partout sur la planète ont mis en place des centaines de millions de "plombages" à l’amalgame d’argent dans des millions de cavités dentaires creusées par les caries.

Ce matériau est resté longtemps l’alternative économique aux fantastiques mais rarissimes obturations en or qui perduraient toute une vie...

Ce matériau, facile de manipulation et d’utilisation est tassé par foulage dans la cavité et permettait à la dent ainsi traitée d’être opérationnelle deux heures après l’intervention.

Composé généralement de deux parts plus ou moins égales : une poudre avec beaucoup d’argent, un peu de cuivre, de zinc et d’étain, et un métal liquide à l’état normal, le mercure.

Le mélange obtenu après "amalgamation" donne pendant quelques minutes un produit de consistance plutôt molle, un peu comme le plomb, d’où son nom, apte à être foulé puis sommairement sculpté à la forme de la dent dans la cavité débarrassée des tissus cariés.

 

Obturer molaires et prémolaires de cette façon donne des dents dont la couleur varie du gris clair au presque noir selon le degré de corrosion, dépendant de l’ancienneté et de l’acidité des fluides de la bouche, elle-même dépendant du mode d’alimentation et de l’hygiène buccale.

Cette teinte grisâtre est non seulement due au métal visible par transparence, mais aussi et c’est plus embêtant à l’envahissement de la dentine, par les pigments métalliques.

Autrement dit, il s’agit d’un tatouage quasi indélébile de la dent, tatouage que l’on peut rencontrer parfois sur la gencive si les processus de corrosion sont accentués par la présence d’autres métaux à l’intérieur même de la dent, entrant par exemple dans la composition d’un pivot ou d'une couronne. Ce "pluri-métallisme", par d’élémentaires phénomènes d’électrolyse favorisés par l’acidité naturelle de la salive, peut amener également quelques fois des caries internes, entraînant alors fracture et extraction.

Mais les notions d’esthétique, de cosmétique, de pérennité du soin, et d’effet iatrogène (les conséquences à terme négatives d’un traitement) importaient nettement moins il y a quelques années, et les résultats à long terme des soins dentaires étaient parfois aléatoires.
Tant les praticiens en général que les patients étaient largement moins exigeants que de nos jours.

Quant à la présence de mercure dans la bouche (50 % d'un "plombage"), qui se souciait de sa possible toxicité ? De la même manière que personne ne contestait les propriétés de l’amiante présente dans le faux-plafond du bureau de l'entreprise !

Or, il faut savoir que les ions mercure sont "relargués" d’un amalgame dès sa pose lors du foulage, mais aussi à chaque fois que l’on mastique dessus. La toxicité du mercure n’est plus à démontrer aujourd’hui, à tel enseigne que même les thermomètres au mercure sont interdits à la vente depuis plusieurs années.

Plusieurs pays développés ont proscrit l’usage des amalgames au mercure, ou bien en déconseille fortement son utilisation. En France, le ministère de la santé conseille seulement aux praticiens d’éviter son utilisation chez les enfants et les femmes enceintes ! Pas rassurant tout de même !

Mais en France, chacun sait que nos gouvernants sont plus intelligents que ceux de nos pays voisins, surtout depuis que le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à Strasbourg !
Les Pouvoirs Publics rassurent régulièrement tant la population ignorante, que les praticiens encore dubitatifs via des communiqués de presse, sur l’innocuité des amalgames dentaires, régulièrement démontrée par des comités scientifiques dûment mandatés. En effet un discours alarmiste sur les "plombages" aurait pour effet de précipiter nos concitoyens dans les cabinets dentaires, ce qui naturellement entraînerait une nouvelle progression des dépenses d’Assurance-Maladie ...!

Par ailleurs, l’amalgame en place, même s’il est fortement tassé dans la cavité à l’aide d’un fouloir, n’est pas collé chimiquement contre les parois, d’où le risque que subsistent des vides microscopiques, suffisants pour entraîner une fixation et une prolifération bactérienne.

 

Ceci dit les obturations à l’amalgame ont rendu d’immenses services par la simplicité de leur mise en œuvre, et mieux vaut une obturation à l’amalgame que pas d’obturation du tout (ce qui est encore malheureusement le lot de millions de dents françaises) ou qu’une mauvaise obturation à la résine.

 

Les résines composites constituent une alternative intéressante aux amalgames au mercure, car non métalliques par définition, donc à l’abri de toute corrosion.

Les produits actuellement employés dans les cabinets dentaires sont performants, durcissent en quelques secondes sous l’effet d’une lumière ultra-violette, et la gamme des teintes est infinie pour reproduire à l’identique la couleur originelle de la dent. L’effet esthétique est bon à excellent.
Au moins les premières années, car leurs micro porosités accrochent les composés colorants de l’alimentation et ils peuvent "jaunir" surtout si l’hygiène est insuffisante.

Contrairement aux idées reçues, ces obturations n’entraînent pas d’effets iatrogène, et il n'y a pas plus de reprises de caries avec les résines composites qu’il y en a avec les amalgames d’argent, d’autant que la résine est retenue contre les parois des cavités avec des colles performantes, souvent fluorées, après préparation de la dent destinée à créer des micro porosités favorisant l'adhésion.

Les résines doivent être surveillées et être changées en cas de défaillance. Leur durée de vie moyenne est de 10 à 15 ans, même si certaines d’entre elles sont présentes sans problème dans leur cavité 20 ans ou plus après leur mise en place.

Article rédigé par le praticien le 23/02/2017